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août 3, 2020

Le Bloc-notes de Abdou GNINGUE : Ciment social !

Depuis quelques années, notre voisin de l‘Est, le Mali, vit une situation politique et sociale peu enviable. En effet, après la chute du président Libyen, Mouhamar El Khdafi, une vague de Djihâdistes a déferlé dans le nord qu‘ils occupent par la force des armes malgré la résistance des forces armées maliennes. La communauté internationale est intervenue pour aider le gouvernement malien à faire face à la situation. En première ligne, il y a les voisins de la CEDEAO ( communauté économique des états de l‘Afrique de l‘ouest) appuyés par la France et d‘autres pays occidentaux.

Ces forces sont parvenues à ralentir voire stopper l‘avancée des envahisseurs.

Mais cette invasion a trouvé sur place une situation sociale où certaines ethnies dans ce nord ne se considéraient pas comme des composantes d‘une Nation dans le sens d‘une communauté où les uns et les autres ont un bon vouloir de vivre en commun en toute symbiose. Il y avait donc une sorte de terreau fertile pour ces Djihâdistes semant la terreur partout où ils passent accentuant au passage les divergences entre certaines ethnies qui se regardaient en chiens de faïence. Utilisant les unes contre les autres pour mieux s‘implanter, ces Djihâdistes ont accentué la division au sein de la communauté autochtone.

Au Sénégal, nous devons remercier les anciens qui ont mis en place un ciment social que nous appelons Le Cousinage à Plaisenterie. Pour ceux qui ne sont pas de culture sénégalaise, il s‘agit tout  simplement d‘une  parenté imaginaire entre ethnies ou à travers les patronymes et on peut se faire des plaisanteries ou moqueries sans pour autant offusquer son interlocuteur. L‘exemple le plus populaire c‘est le cousinage à plaisanterie entre les Pulaars au Nord  et les Sereers au Centre. Le premier qui dégaine se trouve être maître de la situation pour ne pas dire de la parole. Je me souviens encore de cette dernière tournée au Fouta du Père Léopold Sédar Senghor, Premier president Sénégalais, un Sereer bon teint, chez ses cousins à plaisanterie les Pulaars. 

C‘était un régal de l‘esprit quand avant de commencer son discours, il rappelait à l‘assistance, mes chers „esclaves, votre roi Sereer est parmi vous“ , c‘etait des cris de non, c‘est notre  esclave que nous sommes venus accueillir. Tout cela dans une joie intense qui se lisait à travers les visages illuminés d‘une assistance qui jouait sa partition dans cette sorte de théâtre en plein air. Après quoi, le président acceptant d‘être l‘esclave   car venu se retrousser les manches  pour trouver des solutions aux difficultés économiques des populations. Pendant toute la tournée, le président Senghor répétait le même scénario avec la bénédiction de ses cousins Pulaars tout acquis à sa cause. Le message délivré passait comme lettre à la poste.

L‘autre exemple du cousinage à plaisanterie, à travers les patronymes, c‘est lors d‘une tournée dans le Baol (région de Diourbel) le successeur de Léopold Sédar Senghor à la tête de l‘Etat, Abdou Diouf, a été reçu lors d‘une tournée par les populations du village de Ndankhe Séne. On sait que les Sene et les Diouf sont des cousins à plaisanterie.

Les populations ont offert au Président Diouf, un bélier, un sac d‘arachides, un sac de Niebe (haricots) et un sac de mil. En bon Africain sensible au cousinage à plaisanterie, le président Diouf déduit  que ce cadeau va lui permettre de se faire préparer du bon couscous arrosé d‘une sauce d‘arachides garnie de viande de mouton. Il le dit à ses cousins Sene et il ajoute, je ne vais pas en abuser au risque d‘avoir des troubles gastriques. Toute la foule a éclaté de rire et le président a délivré son message  devant une assistance qui semblait acquise à sa cause.

J‘ai choisi ces deux exemples pour montrer que quelque soit votre rang social ou votre âge vous n‘échappez pas à ce cousinage à plaisanterie qui est un véritable ciment sociétal que beaucoup de peuples africains nous envient.

Un souvenir poignant me vint à l’esprit en écrivant ces lignes. De retour d’un séjour officiel   au Japon, sur invitation de son ambassade à Dakar, où j‘ai passé près de 10 jours à parcourir la grande île du Nord au Sud. Au cours d‘un passage à Kyoto, les autorités organisèrent un déjeuner avec un sociologue japonais , le Professeur Ogawa qui avait l‘habitude de séjourner pendant plusieurs mois dans le département de Linguere, fief de mes cousins Pulaars que nous Sereers  appelons Peuls.

C‘est le Professeur qui me recevait, et à l‘entame de notre conversation, il me lança „ Moi, je suis Peul vous qui êtes Sereer, vous êtes mon  esclave donc soyez le bienvenu à Kyoto“.  C‘est par cette phrase que j‘ai attaqué mon compte rendu dans la presse et qui a été publié dans le quotidien national Le Soleil. A peine arrivé au bureau le lendemain matin, je reçois un coup de fil d‘un Monsieur Dia alors Directeur du Cadastre que je ne connaissais pas qui me dit qu‘il était ému aux larmes en lisant mon papier dans le journal pour avoir mis en exergue le cousinage à plaisanterie entre Pulaars et Sereers à partir du lointain Japon. Cela m‘a conforté dans le message que  je voulais faire passer à travers mon reportage surtout l‘attaque de mon papier avec ce cousinage à plaisanterie. C‘est cela le Sénégal éternel, une véritable Nation où toutes les ethnies ont décidé dans une commune volonté  de vivre en commun dans la paix et la solidarité.

Les sociologues et autres pédagogues doivent trouver le moyen de perpétuer cette pratique et voir comment l‘inculquer à la jeune génération trop tournée vers la modernité laissant de côté tous ces bons comportements que  les anciens nous ont légués.

Je me souviens, alors très jeune Sereer, nos parents nous enseignaient que quand vous buvez un verre de lait sans le partager avec votre  voisin Pulaar, ce lait se transforme en sang. Cette image terrible du sang pour un enfant fait qu‘il cherchera toujours à avoir un comportement exemplaire avec ce cousin à plaisanterie qu‘est le Pulaar. Dans ma chronique, je n‘hésite pas à égratigner mes cousins Pulaars si friands de Lachiri Haako, cette pâle copie du Tchéré Mboum authentique des Sereers qui ont séjourné pendant longtemps dans ce Fouta et y ont laissé la recette avant de rejoindre le Sine au centre ouest  du pays.

Pour rester avec mes cousins Pulaars et comme  les météorologues ont prévu un bon hivernage, je les vois déjà  avec un sourire en coin et l‘eau à la bouche, espérant une bonne récolte de mil pour un bon Lachiri arrosé d‘un Haako bien frappé. Pour que cette bonne récolte arrive, continuez à d‘égrener vos chapelets chers cousins . Laissez-nous poursuivre la consultation des Pangols comme toujours . Hé oui! C’est le rendez-vous du donner et du recevoir, comme le théorisait le Père Léopold.  Tout cela sous la supervision de Roog Sen,  Dieu Le Tout Puissant.

Ce socle culturel, encore une fois, nous  préserve de ces  conflits inter ethniques que connaissent nombre de pays africains. Néanmoins, soyons toujours vigilants car il y a des pêcheurs en eau trouble, Dieu sait qu‘ils sont nombreux, qui pourraient profiter d‘une petite erreur, qui est humaine du reste, pour créer de faux problèmes. Donc vigilance, vigilance!

Abdou GNINGUE
Journaliste Citoyen du monde rural

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